facebook

site toujours en développement...

Comme représentant de la CGT au CCREFP Aquitaine (Comité de Coordination Régional de l'Emploi et de la Formation) et délégué syndical CGT à la Maison de la Promotion Sociale avec des collègues CGT des CFA de la Région Aquitaine, nous avons rencontré en Avril 2013 Mr. Bournazeau, élu régional chargé de l’apprentissage. Notre rencontre avait pour but d’alerter les élus sur la détérioration des conditions de travail des salariés des organismes dispensateurs de formation en région Aquitaine et de la souffrance qui en découle. Comme responsable de l’apprentissage cet élu, n’est pas directement concerné la formation professionnelle, il nous recommande donc de nous adresser à la Vice-Présidente responsable de la formation professionnelle au CR, Mme Vessy.
Lors de l’entretien, je rappelle que le Conseil Régional privilégie, comme la loi lui permet, une logique du marché et de la mise en concurrence avec comme conséquence directe le recours au moins-disant financier. Cela place les structures en grande difficulté depuis de nombreuses années. M. Bournazeau répond que pour le Conseil Régional le critère financier n’est pas le seul critère, mais qu'en effet, il faut arrêter cette dérive. Selon lui le « tout marché » c’est la loi qui l’impose. Je lui ai rappelé que d’autres régions (comme le Poitou-Charentes) ont fait un autre choix. Le passage au tout marché est une facilité et la garantie d’avoir toujours des prix bas, mais avec des conséquences désastreuses. Il faudrait pouvoir mixer les financements selon les types d’actions. Paradoxalement, plus les organismes de formation répondront aux exigences des financeurs (moins-disant financier comme priorité), plus la situation des acteurs de la formation se dégradera, comme la qualité de la formation dispensée. C’est un cercle infernal qui ne pourra être rompu que par une décision politique nationale, voire européenne, qui proposera un service public de la formation comme le proposaient Messieurs Mérieu et Attou lors de la campagne présidentielle du candidat Hollande en 2012 (voir plus loin) Les organismes de formation qui répondent aux appels d’offres ont des obligations vis-à-vis du commanditaire, des contraintes (démarrer et finir à des dates précises, entrées et sorties permanentes…), des obligations d’organisation administratives et pédagogiques, de contenus, de périodes en entreprises, sans toujours avoir le nombre de stagiaires ou de bénéficiaires attendu, la gestion des absences des stagiaires qui est un casse-tête sans fin et des résultats à atteindre dans un environnement économique totalement dégradé.
Cette pression mise sur les organismes est acceptée par les dirigeants pour obtenir les marchés. Elle se traduit par une dégradation des conditions de travail pour les formateurs et tous les intervenants de la chaine de formation (secrétariat, encadrement, informatique, chargés de mission…). Dans tous les organismes, la
situation est très grave. Depuis des années, les salariés ont fait des sacrifices importants sur leurs conditions d’embauche et de travail, sur leur Sortir la formation professionnelle de la logique du « tout marché » et
de la mise en concurrence. rémunération, ils ont vu le stress se développer et les prestations diminuer en nombre et en qualité pour s’adapter aux exigences de coût des institutions qui n’ont vu qu’une face du miroir
(diminuer les coûts comme leur permet le marché) fermant les yeux sur les conséquences sociales et personnelles des salariés. Ces derniers, se satisferont bien de ce qu’on leur propose.
Combien de directeurs ont dit aux salariés « qu’il y en a 50 qui attendent pour prendre la place de celui qui n’accepte pas » cette dégradation de ses conditions de travail. La pression qu’ils subissent des financeurs, ils la projettent sur les chefs de service, qui à leur tour la répercutent sur les formateurs qui doivent la gérer car ils n’ont personne à qui la passer sauf à engager un conflit avec les stagiaires (comme ça arrive de plus en
plus souvent, pas seulement à P) voire envisager un arrêt de travail pour de(s)pressions. Les autres
acteurs subissent aussi indirectement ces pressions.
En 2012 lors de la campagne présidentielle du candidat Hollande Messieurs Mérieu et Attou ont
fait circuler une pétition consultable sur http://www.profencampagne.com/article-les-principaux-acteurs-de-laformation- pour-fran-ois-hollande-104029913.html « pour que la formation ne soit plus considérée comme une marchandise » et ils soutiennent les propositions du candidat HOLLANDE au sujet du service public de formation : « Je considère la formation professionnelle comme un bien commun précieux pour les personnes qui en bénéficient, pour les entreprises et pour la collectivité dans son ensemble. Je refuse qu’elle soit livrée au seul marché, car il s’agit d’un service d’intérêt général. » Il faut donc passer aux actes. Les Régions doivent y contribuer.
Sur un plan personnel, M. Bournazeau se réclame d'une décentralisation assumée, et considère par exemple pour les CFA que les professeursformateurs devraient être des salariés du Conseil
Régional, comme la plupart des TOS. Fin de la rencontre.


Pour la SNPEFP CGT l’unique question qui se pose est la suivante :
Lorsque la logique du marché et de la moinsdisance financière sont les principaux critères de choix dans un appel d’offre de formation, que la grande majorité des organismes qui y répondent sont des associations à but non lucratif (qui n’ont pas le droit de faire de profits), sur quel segment financier sont prises les réductions imposées par la mise en concurrence ? En clair, dans quelle partie de la bête va-t-on pouvoir trancher ?
Pour la CGT, les seules variables d’ajustement constatées à ce jour sont :
- les conditions de travail des salariés : nous voyons depuis des années nos conditions de travail se détériorer, les temps de préparation et le temps de référence diminuer, l’administratif augmenter, les stress se développer, la violence et les agressions augmenter, sans parler des difficultés grandissantes pour trouver des stages, des solutions emploi ou formation, pour motiver les personnes. Ce sont des éléments qui amplifient la dégradation de nos conditions de travail.


- leur salaire : les salariés en CDI ne perçoivent aucune augmentation depuis des années pas plus que les changements de classification qui sont le résultat d’un investissement dans son travail et une reconnaissance à laquelle chaque salarié peut prétendre. Les seuls changements sont les régressions sur les minimas des coefficients des grilles de qualification.


La précarisation : des nouvelles embauches en CDD (en contrat d’usage ou pire encore le recours aux auto-entrepreneurs dans tous les secteurs d’activité), se font au plancher des grilles de qualification, des coefficients, les directions tentent de déqualifier ceux qui ont un statut supérieur au minimum conventionnel, voire elles ne reconduisent pas pour embaucher ceux qui sont prêts à accepter des salaires toujours
inférieurs


- la qualité des formations qui sont dispensées : quand ils sont réalisés, les suivis en entreprises doivent être le plus court possible et les sommes qui sont consacrées sont dérisoires, les temps d’auto-formation, de démarche, d’enquête se multiplient, les salariés ont le sentiment d’être des pions que l’on déplace au gré
des besoins et des plannings loin de toute considération pédagogique. Les réunions pédagogiques et les temps dédiés à l’organisation administrative et pédagogique se réduisent quand ils ne disparaissent pas complètement pour certains organismes (à prendre sur le coefficient de préparation).
Ce n’est pas sur les profits à verser aux actionnaires (ce n’est jamais le cas ailleurs), ni sur les investissements des entreprises concernées que les marges de manoeuvre existent. Alors bien sûr, on nous rétorque que le code du travail n’est pas touché, la convention est appliquée (beaucoup
d’organismes la respectent-ils la convention ? et l’ANI janvier 2013 !), que si on veut avoir du
travail, proposer une activité aux salariés, il faut lâcher sur quelque chose, les autres le font bien. Il
faut que l’on soit CONCURRENTIEL, la servitude volontaire reste la démarche la plus efficace sur laquelle comptent les protagonistes de cette misérable mascarade.
Ceux qui répondent à ces exigences du code des marchés (ont-ils le choix ?) engrangent de
l’activité pour une année parfois deux, au détriment des bénéficiaires (les privés d’emploi.), des salariés, mais il y aura toujours un organisme qui se positionnera pour moins cher l’année suivante et c’est comme cela que les prix des heures de formation n’ont quasi pas bougé depuis 10 à 15 ans et que les conditions de travail et les salaires se sont dégradés. Ce cercle infernal doit être rompu et la proposition du candidat Hollande
de considérer la formation comme un service d’intérêt général (voir la pétition ci-dessus, c’est clairement exprimé) doit être relancée et aboutir très rapidement. Sinon, les organismes
disparaîtront les uns après les autres. Ce calcul à court terme est un mauvais calcul pour la société
car il ne produit que frustration et désinvestissement et surtout une grande souffrance au travail. La formation s’adresse à des humains avec toutes les contingences et toutes les exigences qui la caractérisent. Elle est présentée comme une alternative à la crise que nous subissons et pourtant, elle est reléguée au
rang d’une activité qu’il faut rentabiliser comme une activité industrielle.
Les salariés du secteur ne sont pas les seules victimes. Les utilisateurs en supportent aussi les
conséquences. Quand les politiques, les décideurs et les exécuteurs des politiques publiques prendront-ils
conscience des effets dévastateurs de la mise en concurrence et du tout marché ? Eux seuls peuvent décider d’inverser cette logique en proposant la création d’un service public de la
formation sous forme de service d’intérêt général comme proposé plus haut. L’incantation, la
référence à des valeurs humaines n’est pas suffisante, il faut passer aux actes !!! Vite.
En matière de formation, il faut revenir à une logique d’investissement au service de la société adossé à un service public de la formation subventionnée. La CGT défend cette position
dans toutes les instances où elle siège (CCREFP, CESER….).


Bastien Bismuth DS CGT MPS Aquitaine et
secrétaire du CHSCT MPS Aquitaine

Aquitaine Informations

Aquitaine Informations

Juillet-Août 2019