23-05-2011
Déclaration
Déclaration-tribune d'Alain Delmas
Membre du Conseil Economique Social et Environnemental de la République Française.
Groupe de la CGT. Membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité, membre de la section des affaires européennes et internationales.
Président du CERESA. (Centre d’Etudes et de Recherches Economiques et Sociales d’Aquitaine.)
Samedi 21 Mai, le collectif Bordelais pour le droit des femmes organisait une manifestation pour défendre le droit à l’avortement. Cette initiative faisait écho à « la marche pour la vie » organisée par des catholiques intégristes et soutenue par le pape.
Faut-il rappeler que la loi instituant le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse n’a vu le jour qu’en 1975. Cette loi, dite loi Veil, fut le résultat de nombreuses luttes, d’engagements pour imposer le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles le désirent, notamment en ce qui concerne la maternité. Cette loi, dès sa promulgation, déclencha les foudres des intégristes de toutes natures.
En manifestant pacifiquement, les diverses organisations féminines, mais aussi syndicales et politiques, ne faisaient que rappeler le respect de la loi. Elles avaient annoncé leur volonté de ne pas croiser le cortège des intégristes pour ne pas subir des provocations qui n’auraient pu que nuire aux aspects fondamentaux de cette initiative.
Quelle n’a pas été notre surprise de voir un déploiement inouï des forces de l’ordre encadrant littéralement les 1 200 manifestants, les empêchant dans un premier temps de bouger, parfois de façon rugueuse, puis acceptant de laisser partir le cortège dans des conditions complètement scandaleuses.
Une rangée serrée de CRS équipés de boucliers, faisait face au carré de tête, marchant à reculons tout le long du parcours. De chaque côté, tous les mètres, des CRS étaient disposés, empêchant les manifestants de quitter le cortège ne serait-ce que pour acheter une bouteille d’eau.
A la fin du parcours, ces derniers, malgré l’appel à dislocation de la part des organisateurs, ne purent sortir de la place de la Victoire, encerclés par les forces de police. Il aura fallu attendre de longues minutes, en plein soleil, avant que l’ordre ne soit donné de libérer les manifestants.
Tout cela au nom de la soi-disant sécurité des manifestants…On croit rêver.
Tout cela pour ouvrir une voie royale à des groupuscules intégristes et leur donner pignon sur rue dans Bordeaux. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la montée en puissance des idées de l’extrême droite et de leur banalisation, de leur tentative de crédibilisation.
Le droit de manifester est-il en péril dans notre démocratie ? Je ne peux m’empêcher de penser au fait que les ordres donnés par le Préfet de région en la matière pourraient être emprunts de sexisme et peut-être même davantage.
Aurait-il pris les mêmes mesures, que je n’ai jamais vues en trente ans de syndicalisme, si cette manifestation avait été organisée par les syndicats d’agriculteurs par exemple ???
Ces tentatives de remise en cause par l’intimidation, voire la provocation, du droit de manifester n’honore pas l’esprit républicain et laïc auquel nous sommes attachés, pire, elle ouvre la porte à des dérives inquiétantes.
La lutte pour le respect de choix de vie des femmes, le libre choix de leur sexualité, l’abolition de tout stéréotype de genre, le droit à une éducation sexuelle et non sexiste, la contraception et l’avortement libres et gratuits, est plus que primordiale. Ces luttes s’inscrivent plus largement dans le refus des discriminations dont font l’objet les femmes dans notre société, dans le milieu du travail au travers de la précarité imposée, de la discrimination salariale qu’elles subissent. Cela n’est pas acceptable.
Je ne manquerai pas de porter à la connaissance de mes collègues de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité du Conseil économique social et environnemental, ce qui s’est passé ce 21 mai à Bordeaux.
Bordeaux le 21 mai 2011
Comité Régional CGT Aquitaine