À travers l’Aquitaine, la transition industrielle pose des défis sociaux majeurs. Pour maintenir l’emploi industriel, les acteurs doivent faire face à la digitalisation des outils, la transition écologique des sites, la formation et la reconversion des salariés, ainsi que la concurrence internationale. Voici les principaux enjeux à suivre de près :
  • Une modernisation industrielle poussée qui impose de nouveaux besoins de compétences.
  • La nécessaire adaptation des salariés aux enjeux écologiques et technologiques.
  • L’importance de soutenir les bassins d’emploi fragilisés, notamment en Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne, Landes et Pyrénées-Atlantiques.
  • L’impact des restructurations sur le tissu social local et sur la cohésion des collectifs de travail.
  • Le rôle pivot du dialogue social pour anticiper les transformations et préserver les droits sociaux.
La capacité de tous les acteurs à agir ensemble, dans la transparence et le respect, conditionne la survie et la vitalité du tissu industriel aquitain.

Industrie en Aquitaine : état des lieux et évolution

L’industrie aquitaine a longtemps été synonyme de dynamisme : aéronautique à Mérignac et à Bayonne, agroalimentaire dans les Landes, chimie et bois en Dordogne, défense et armement dans le Lot-et-Garonne… En 2021, selon l’INSEE Nouvelle-Aquitaine, l’industrie représente environ 11,8 % de l’emploi total du territoire, soit près de 220 000 salariés (source : INSEE).

  • La Nouvelle-Aquitaine regroupe quelques leaders mondiaux (Safran, Dassault, ArianeGroup, Arkema).
  • Les PME et ETI nourrissent un tissu industriel dense et diversifié.
  • Cependant, des fermetures de sites (Ford à Blanquefort, Sanofi à Ambarès) illustrent la fragilité de certains secteurs.

Les filières, autrefois phares, connaissent désormais des mutations profondes. La transition écologique et la digitalisation obligent à repenser les métiers, mais aussi les modes de gestion des collectifs de travail.

Numérique, écologie, concurrence : des défis en cascade

La montée en puissance du numérique et de la robotisation

La digitalisation des procédés industriels entraîne la suppression de certains emplois mais fait naître de nouveaux métiers nécessitant des compétences pointues. Ce basculement constitue un défi social majeur :

  • Risque de fracture numérique au sein des équipes, entre jeunes diplômés et salariés expérimentés.
  • Besoin de formations massives à de nouveaux outils (automatisation, maintenance 4.0, gestion des données industrielles).
  • Remise en question du rôle des encadrants et nécessité de repenser le management de proximité.

Selon une étude de l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie), 58 % des industriels du Sud-Ouest peinent à recruter des techniciens qualifiés dans les métiers numériques (Source : UIMM).

La transition écologique, vecteur d’opportunités et d’inquiétudes

L’urgence climatique impose une adaptation profonde des procédés industriels. Les exigences de décarbonation et d’économie circulaire dessinent de nouveaux horizons mais bousculent les salariés :

  1. Formations à de nouveaux matériaux et modes de production responsables.
  2. Anticipation des effets de la fermeture de certains sites (usines polluantes amenées à disparaître ou à se reconvertir).
  3. Émergence d’emplois verts, entre reconversion et création de nouveaux métiers (énergies renouvelables, recyclage, maintenance énergétique, etc.).

Il en ressort une tension entre nécessité d’aller vite pour sauver la planète et besoin d’accompagner humainement chaque étape.

La pression de la mondialisation et la concurrence internationale

Les filières industrielles aquitaines sont soumises aux aléas des marchés internationaux : concurrence des pays à bas coûts, fluctuation des chaînes d’approvisionnement, arbitrages globaux des groupes multinationaux. Ces pressions plombent la stabilité de l’emploi et fragilisent les salariés les moins qualifiés ou les moins mobiles.

  • Mobilité accrue exigée des salariés, parfois vers d'autres bassins d'emploi.
  • Phénomène de "délocalisation invisible" à travers la sous-traitance hors de la région ou du pays.
  • Risque de "fuite des cerveaux" et de perte de compétences de haut niveau.

Soutenir les salariés : adaptation, prévention et formation continue

Face à l’ampleur des mutations, la principale mission sociale reste d’armer les salariés pour le présent et l’avenir. Plusieurs leviers sont possibles :

La formation tout au long de la vie, un pilier indiscutable

  • Mise à jour régulière des compétences grâce au Compte Personnel de Formation (CPF).
  • Projets portés par les branches professionnelles pour proposer des formations certifiantes, directement en lien avec les besoins locaux.
  • Valorisation de l’alternance, tremplin pour l’insertion de jeunes dans des secteurs industriels en tension.

En Aquitaine, des dispositifs comme Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine permettent à des salariés fragilisés d’accéder à des formations de reconversion vers des postes industriels d’avenir. Selon la Région Nouvelle-Aquitaine, plus de 3000 parcours de reconversion ont été validés en 2022 (source : Transitions Pro NA).

Prévenir les risques psychosociaux et soutenir la santé au travail

Les restructurations et la digitalisation génèrent stress, incertitude et, parfois, perte de repères. Préserver la santé mentale et physique au travail devient urgent :

  • Mise en place d’accompagnements psychologiques et de cellules d’écoute lors des plans de transformation.
  • Maintien de l’équilibre vie professionnelle – vie personnelle, y compris dans l’industrie 4.0.
  • Développement des initiatives locales de prévention des troubles musculo-squelettiques, toujours très présents dans l’industrie de production.

Dialogue social : levier central pour l’emploi industriel durable

Sans dialogue, les chantiers sociaux sont vécus comme imposés et brutalement subis. En Aquitaine, les territoires qui réussissent le mieux le maintien de l’emploi industriel sont ceux où le dialogue social est fort, structuré, et basé sur la confiance.

Exemples d’actions collectives réussies en Aquitaine
Territoire Initiative Résultat
Bassin d’emplois du Fumélois Comités de reconversion industrielle (mairies, syndicats, Medef, Direccte) Pérennisation de 150 emplois par la requalification du site Valéo
Mérignac Accord sur l’emploi et la formation dans l’aéronautique Maintien de 400 emplois par le développement d’ateliers de formation sur site
Pôle Chimie Dordogne Plan de transition écologique co-construit Création de 80 emplois dans la chimie verte et recyclage

À chaque fois, le dialogue social, quand il se nourrit de la diversité des acteurs (syndicats, employeurs, collectivités, associations), permet d’anticiper les mutations et de trouver des solutions localement adaptées.

Lutte contre les inégalités et soutien aux bassins fragilisés

La sauvegarde de l’emploi industriel ne peut pas ignorer les inégalités sociales préexistantes. Ce sont le plus souvent les salariés peu qualifiés, les séniors, les femmes et les intérimaires qui subissent de plein fouet les conséquences des réorganisations. De même, certains territoires (Dordogne, nord des Landes, Fumélois, etc.) connaissent des taux de chômage industriel supérieurs à la moyenne régionale (source : INSEE, 2022).

Le défi est donc double :

  • Assurer l’accompagnement personnalisé des salariés les plus exposés (cellules de reclassement, accompagnement social, bourses locales de l’emploi industriel).
  • Relancer l’attractivité des métiers de l’industrie auprès des jeunes, des femmes et des personnes éloignées de l’emploi (stages, immersion, communication positive sur les métiers).

Le développement d’initiatives comme “La Fabrique de l’Avenir” (programme régional d’information sur l’industrie) commence à porter ses fruits : les inscriptions en lycées professionnels industriels enregistre une légère hausse depuis 2021 (source : Région Nouvelle-Aquitaine).

Oser des solutions collectives pour affronter les défis futurs

Les exemples récents en Aquitaine montrent que c’est la cohésion et le travail collectif qui permettent de préserver l’emploi industriel : partenariats public-privé, mutualisation de services entre PME, soutien régional à l’investissement, implication des comités d’entreprise dans l’évaluation des risques professionnels…

L’industrie du futur ne sera pas celle du passé. Les réponses doivent être créatives, solidaires et ancrées dans le dialogue. Former les salariés, adapter les outils, protéger la santé au travail : chaque pied du triptyque social doit rester solide. Soutenir les zones en difficulté, favoriser l’égalité professionnelle et sociale, et s’assurer que personne n’est laissé sur le bas-côté, c’est toute la mission d’une société qui croit à la valeur du collectif et à la capacité d’adaptation des femmes et des hommes d’Aquitaine.

Pour franchir les prochaines étapes, c’est ensemble, en réseau, syndicats, employeurs, élus, organismes de formation, salariés et citoyens, que nous serons capables de maintenir, transformer et faire grandir l’emploi industriel en Aquitaine.

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