Le contexte des grèves dans les transports publics d’Aquitaine

Les grèves dans les transports publics sont des évènements réguliers qui marquent la vie économique et sociale en Aquitaine, notamment dans des métropoles comme Bordeaux, Pau ou Bayonne, mais aussi sur l’ensemble du territoire régional. Des arrêts de travail massifs de la SNCF pendant la réforme des retraites en 2019, jusqu’aux mobilisations épisodiques des personnels de TBM (Transports Bordeaux Métropole), ces mouvements sont inscrits dans la réalité locale autant que nationale. Leur fréquence et leur impact ont connu ces dernières années des évolutions notables, amplifiées par les contextes de crise sociale ou sanitaire.

Entre 2017 et 2023, ce sont près de 25 mouvements de grève d’ampleur qui ont touché le réseau ferré régional (Sud Ouest, INSEE) et une dizaine dans le réseau urbain de Bordeaux, pesant sur les déplacements quotidiens de centaines de milliers d’usagers.

Des conséquences concrètes pour les salariés aquitains

Absences, retards et bouleversement des rythmes de travail

  • Entretien difficile avec les horaires : 55 % des actifs en Aquitaine se déplacent en transport public ou partagent un trajet (INSEE, 2021). Lors des grèves majeures, on observe jusqu’à 35 % d’absentéisme ou de retard supplémentaire en entreprise, notamment dans la métropole bordelaise (La Tribune, 2019).
  • Compensation par le télétravail : Depuis la crise Covid, plus d’un quart des salariés utilisent le télétravail lors de perturbations, quand le métier et l’entreprise le permettent (France Bleu Gironde, 2023).
  • Difficultés particulières pour certains secteurs : Les métiers qui nécessitent une présence sur site (santé, BTP, restauration, commerce, services publics) sont fortement impactés car les alternatives au transport en commun y sont limitées.

Coûts cachés : garde d’enfants, santé, fatigue

  • Conciliation famille-travail compliquée : Les changements de rythme entraînent des frais de garde d’enfants supplémentaires ou imposent aux familles une réorganisation parfois difficile et coûteuse.
  • Fatigue et stress : 46 % des utilisateurs réguliers du tram à Bordeaux disent ressentir une fatigue accrue et du stress lors de longues périodes de grève (Enquête Ifop, 2020).

Témoignages et vécus locaux

Selon une enquête Sud Ouest menée en 2022 auprès de salariés bordelais, certains évoquent une “double journée” : plus de 3 heures de transport remplacées par vélo ou covoiturage, accentuant la fatigue et diminuant le temps libre. D’autres notent une vraie prise de conscience de la dépendance aux transports publics et du risque d’isolement social pour les quartiers mal desservis.

Les effets des grèves sur les entreprises d’Aquitaine

Productivité et organisation au défi

  • Chute de la productivité : La CPME Nouvelle-Aquitaine évaluait en 2019 à près de 10 % la baisse d’activité moyenne lors des gros mouvements de grève dans les services ou le commerce, et jusqu’à 20 % dans certains hôtels-restaurants dépendant des flux de voyageurs (CPME NA ; CCI Bordeaux Gironde).
  • Réticence sur la flexibilité : De nombreux managers témoignent d’un “effet domino” : réorganisation des plannings dans l’urgence, multiplication des demandes d’absence pour motif de transport, augmentation de la charge mentale des encadrants.
  • Le secteur du BTP : Impacté par le retard dans l’acheminement des ouvriers et du matériel, certaines chantiers en périphérie subissant des pertes de temps et donc de facturation.

Conséquences économiques : pertes directes et indirectes

  • Perte de chiffre d’affaires : Selon la CCI Bordeaux Gironde, le centre-ville de Bordeaux a vu, lors de la longue grève de décembre 2019-janvier 2020, une baisse de fréquentation de ses commerces évaluée à -30 % en moyenne, jusqu’à -50 % dans certains secteurs proches des lignes de tram interrompues.
  • Coûts logistiques : Frais supplémentaires pour organiser le transport des marchandises ou des collaborateurs, recours à la location de véhicules, voire des nuits d’hôtel pour certains salariés devant rester sur place.

L’exemple emblématique des petites entreprises et commerces de centre-ville

Pour les TPE/PME, la capacité à “encaisser” les chocs de grève est limitée : pertes d’attractivité, annulation de rendez-vous, absence de solutions alternatives de transport. Le Baromètre UMIH Gironde de février 2020 faisait état d’un quart des restaurants évoquant des annulations de groupe et de team-buildings durant les grèves majeures.

Les transports en grève : effets en chaîne sur le territoire aquitain

Mobilité réduite et creusement des inégalités territoriales

  • Effet “zone blanche” : L’agglomération bordelaise concentre l’offre. En période de grève, la fracture s’accroît pour les résidents des zones rurales ou des quartiers périphériques, déjà moins desservis, qui se retrouvent “hors du jeu”.
  • Isolement ponctuel : Certains établissements médico-sociaux en Dordogne et en Lot-et-Garonne ont dû adaptater leurs horaires, voire refuser des rendez-vous faute de personnels ou de patients pouvant se déplacer (La Dépêche, 2022).

Systèmes D : covoiturage, vélo et nouvelles solidarités

  • Très forte hausse du covoiturage : BlaBlaCar Daily a noté une augmentation de +120 % des trajets quotidiens sur Bordeaux pendant les grandes grèves de 2019 (Communiqué BlaBlaCar).
  • Explosion de la pratique du vélo : Plus de 60 % d’augmentation de la fréquentation des pistes cyclables sur les points de comptage de Bordeaux Métropole lors de certains pics de grève (Bordeaux Métropole, 2023).
  • Soutien entre voisins : Certaines structures associatives ou de quartier ont mis en place des “plans de secours” pour mutualiser trajets, garde d’enfants, voire accueil temporaire (Sud Ouest, 2022).

Impact sur le dialogue social et l’engagement collectif

Les grèves, révélateurs de dysfonctionnements et leviers de dialogue

  • Nouvelles attentes vis-à-vis des entreprises : Les salariés sollicitent davantage de souplesse (horaire, télétravail, jours enfants malades, etc.) lors des périodes d’instabilité dans les transports, obligeant les employeurs à repenser la qualité de vie au travail à l’aune de ces mobilisations.
  • Force de la solidarité entre collègues : Groupes d’entraide pour le covoiturage, information en temps réel, conversations sur les réseaux internes : les mouvements de grève poussent à la créativité collective et au “soutien actif”.

Des solutions locales émergent

  • Dialogue social renforcé : Dans plusieurs entreprises (agroalimentaire, tertiaire, santé), les représentants du personnel ont négocié des aménagements exceptionnels (ex. horaires glissants, prise en charge de taxis, indemnisation spéciale pour transports alternatifs) lors des grèves massives de 2023.
  • Stratégies territoriales : Plusieurs collectivités – comme Bordeaux Métropole ou la région Nouvelle-Aquitaine – travaillent à des plans de continuité de mobilité et à un renforcement des services en cas de crise (France 3 Aquitaine, 2019-2023).

Entre impacts subis et ressources collectives : quelles perspectives pour l’Aquitaine ?

  • La fréquence des mouvements de grève dans les transports publics reste un véritable révélateur des vulnérabilités du territoire. Les travailleurs et les entreprises adaptent en continu leurs pratiques mais subissent encore des conséquences sensibles : coût économique, fatigue, creusement d’inégalités sociales et territoriales.
  • Ces épisodes poussent à repenser la place du dialogue dans le monde du travail mais aussi à renforcer la résilience des entreprises, des services publics et des politiques locales. L’essor du télétravail, du covoiturage ou du vélo offre des solutions, mais l’accessibilité pour tous demande encore des efforts structurants.
  • Enfin, à l’échelle de l’Aquitaine, la question de la qualité du dialogue social et de la solidarité locale est plus que jamais d’actualité. Les grèves de demain donneront peut-être naissance à de nouvelles pratiques collectives, capables de mieux conjuguer droit de grève, qualité de vie au travail et cohésion territoriale.

Sources : INSEE, La Tribune, Sud Ouest, CCI Bordeaux Gironde, CPME Nouvelle-Aquitaine, BlaBlaCar Daily, Bordeaux Métropole, France 3 Aquitaine, Enquête Ifop, UMIH Gironde, France Bleu Gironde, La Dépêche.

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