La place centrale de la grève et des actions collectives
Les syndicats aquitains ont, très tôt, privilégié les actions collectives visibles, en cohérence avec une tradition de lutte présente notamment dans le bassin industriel du Sud-Gironde ou le pays basque ouvrier. La grève reste, aujourd’hui encore, un moyen structurant. Selon la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE Nouvelle-Aquitaine), la région a totalisé plus de 330 journées individuelles non travaillées pour 1 000 salariés en 2019—un chiffre supérieur à la moyenne nationale.
- Les manifestations de rue : Bordeaux, Bayonne, Agen ont été dès les années 1960 des foyers de voix syndicales, fédérant secteurs public et privé. L’exemple de la mobilisation massive contre la réforme des retraites en 2023 a démontré la capacité des syndicats à rassembler jusqu’à plus de 40 000 personnes à Bordeaux selon Sud Ouest.
- Blocage d’infrastructures : Ports, axes routiers, dépôts pétroliers : la CGT, la CFDT et des collectifs intersyndicaux utilisent à l’échelle locale ces actions pour accroître la visibilité des revendications, en particulier lors des conflits longs (raffinerie de Pauillac, port de Bayonne…)
- Piquets de grève innovants : Loin du cliché du brasero, des formes plus créatives émergent, intégrant des débats publics, des concerts ou des marchés solidaires, favorisant une interpellation du grand public.
La négociation collective territorialisée
La négociation, depuis la mise en place des Comités sociaux et économiques (CSE) en 2017, a pris une nouvelle dimension dans la région. Si la négociation d'entreprise s’est imposée, nombre de syndicats aquitains, notamment dans l'industrie agroalimentaire ou l’aéronautique (Dassault Mérignac, Safran Bordes…), continuent de privilégier les accords de branche ou les négociations de bassin d’emploi.
- Signature d’accords territoriaux : Dans la filière viticole de Bordeaux, syndicats et employeurs ont pu, par concertation, instaurer des minima salariaux spécifiques (étude INSEE Région 2022).
- Dialogues interprofessionnels : Des plateformes comme la Maison de l’Emploi à Pau ou à Mont-de-Marsan portent des mécanismes de dialogue dépassant le cadre strict de l’entreprise.
La force des syndicats locaux réside également dans leur capacité à articuler information juridique, accompagnement collectif et médiation, même dans des TPE où la présence syndicale classique est difficile.