Un panorama aquitain marqué par plusieurs fronts de contestation

Même si les déclencheurs des mobilisations nationales imprègnent le tissu aquitain, le territoire y répond à travers ses réalités locales. Entre janvier 2023 et avril 2024, plusieurs mouvements nationaux—contre la réforme des retraites, sur l’hôpital public, l’éducation, la rémunération dans l’industrie—ont trouvé un écho singulier ici.

  • Réseau dense d’orga syndicales : CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, Solidaires et des syndicats professionnels (agroalimentaire, santé, transport, éducation…)
  • Mobilisation significative : Plus de 60 000 personnes recensées à Bordeaux lors du point culminant contre la réforme des retraites en mars 2023 (source : France Bleu Gironde et Sud Ouest).
  • Poussée sur les enjeux territoriaux : filière vinicole, industries aéronautiques, agroalimentaire, enjeux du service public en zone rurale.

La réforme des retraites : catalyseur de revendications

La mobilisation massive contre la réforme des retraites a touché l’ensemble de la région. Au-delà de la contestation du report de l’âge légal à 64 ans, les syndicats aquitains ont mis en avant des problématiques spécifiques :

  • Professions pénibles et précaires) : demandant la reconnaissance des métiers éprouvants localement (viti-vinicoles, aides à domicile, BTP, transport – voir Centre Inffo, 2023).
  • Maintien des dispositifs régionaux : notamment le dispositif “carrières longues”, fortement mobilisateur parmi les cheminots de Nouvelle-Aquitaine et les salariés de la grande distribution.
  • Solidarité intergénérationnelle : point souvent évoqué par les syndicats étudiants, SUD Éducation, ou la FSU, qui militent pour des dispositifs d’accès à l’emploi pour les jeunes.

Ces axes se sont matérialisés lors de multiples journées de grève coordonnées dans les principales villes d’Aquitaine : Bordeaux, Pau, Bayonne, Périgueux…

Éducation, santé, services publics : défendre l’accès et la qualité sur le territoire

Si la mobilisation pour les retraites rassemble large, deux secteurs structurent la mobilisation locale : l’Éducation nationale et la santé. Ici, la défense d’un service public de proximité, fort et accessible à tous, concentre de nombreuses revendications :

  • Contre les fermetures de classes et d’établissements dans les zones rurales—illustré par la mobilisation dans le Lot-et-Garonne (dates récurrentes chaque rentrée scolaire).
  • Pour des effectifs et des moyens adaptés dans les collèges de Bordeaux Métropole comme dans les lycées du Pays Basque (source : France 3 Aquitaine, mars 2024).
  • En santé, exigence de renforcement des effectifs hospitaliers et de maintien des maternités (Pau, Oloron-Sainte-Marie, hôpital de Marmande).
  • Revalorisation des salaires : de nombreux syndicats dénoncent un “décrochage” des rémunérations, en particulier dans les filières paramédicales et l’aide à domicile, secteur représentant environ 47 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine (Dares 2023).

Les salariés de l’agroalimentaire et du vin : des luttes ancrées dans le terroir

En Aquitaine, l’agriculture n’est pas qu’une image d’Épinal : elle pèse lourd sur le marché du travail et façonne le quotidien de dizaines de milliers de familles. Les syndicats (FNSEA, Confédération Paysanne, CGT Agri, CFDT…) et les collectifs ouvriers locaux portent plusieurs revendications :

  1. Logement et conditions de travail des saisonniers : en Gironde et Lot-et-Garonne, le sujet revient chaque année, notamment lors des vendanges ou dans le maraîchage.
  2. Justice sociale et environnementale : garantir des prix agricoles décents, revendication accentuée depuis la crise sur le lait et les céréales (été 2023).
  3. Soutien aux exploitations de petite taille : dénonciation du recul des aides à la bio et des fermetures de points de vente ruraux.
  4. Reconnaissance des maladies professionnelles : la question des pesticides revient chaque année dans les cortèges (voir “Collectif Info Medoc”, 2023).

Industrie et aéronautique : la dure lutte pour l’emploi local

Dans la région, les filières aéronautiques (Dassault, Safran, Thalès à Mérignac, Pyrénées-Atlantiques), et l’industrie agroalimentaire sont des pourvoyeuses historiques d’emplois. Depuis les chocs liés à la pandémie et à la guerre en Ukraine, plusieurs revendications émergent :

  • Sauvegarde des sites et des emplois : menaces sur des lignes d’assemblage, intérimaires non renouvelés, sous-traitants en difficulté (ex : suppressions de postes annoncées à Thalès en 2023).
  • Mondialisation et relocalisations : appels à renforcer les “filières d’avenir” régionales, à orienter les plans de reconversion (source : Sud Ouest, janvier 2024).
  • Égalité femmes-hommes : féminisation de métiers techniques, mise en avant de revendications sur l’accès aux responsabilités (écho du 8 mars 2024 dans la filière aéronautique).

La défense du tissus industriel aquitain se double souvent d’une réflexion sur les transitions écologiques, avec revendication de formation professionnelle vers les métiers bas carbone, notamment dans le bassin de Lacq et le secteur automobile (source FTQ 2024).

Focus sur la question des salaires et du pouvoir d’achat

L’envolée des prix de l’énergie et de l’alimentation a renforcé une revendication transversale : l’augmentation générale des salaires, primes et rémunérations annexes.

  • Grèves pour revalorisation salariale : chez Sanofi à Ambarès-et-Lagrave fin 2023, dans la grande distribution (Leclerc, Carrefour), mais aussi dans de nombreuses PME de Dordogne et Pays Basque.
  • Indexation des minimas conventionnels : revendications de la CFDT et FO dans la métallurgie, appuyée par la CGT lors de négociations de branche.
  • Érosion du pouvoir d’achat : une enquête CSA/France 3 Régions (février 2024) montrait que 39 % des salariés interrogés en Nouvelle-Aquitaine estiment “moins bien vivre qu’il y a cinq ans sur le plan économique”.

La revendication de justice salariale s’exprime aussi par des actions spécifiques en faveur des “premiers de corvée” : livreurs, aides-soignantes, personnels de nettoyage ou agents territoriaux, qui se mobilisent chaque 1er Mai mais aussi lors de journées départementales.

Les retraités : une composante mobilisée, porteuse de revendications transgénérationnelles

En Aquitaine, l’engagement des retraités sur la scène syndicale reste une force. Le collectif intersyndical des retraités (UCR-CGT, UNRPA, FGR-FP…) décline trois axes :

  • Exigence d’un rehaussement des pensions indexé sur le coût de la vie réelle.
  • Défense du service public de santé et d’aides à domicile dans les territoires ruraux, où près d’un habitant sur quatre a plus de 65 ans (Insee, 2023).
  • Soutien aux nouvelles générations de travailleurs, notamment les alternants et apprentis, illustrant la solidarité intergénérationnelle revendiquée localement.

Un terreau de solidarités et de débats : quelle dynamique pour demain ?

L’analyse des mobilisations sociales aquitaines fait ressortir des tendances nettes : une capacité à rassembler large, à articuler revendications nationales et enjeux du terrain, et à élargir le champ de la négociation sur des questions émergentes (environnement, égalité, accès aux services publics). L’avenir du syndicalisme en Aquitaine passe par la capacité des collectifs à ancrer leurs luttes dans les mutations sociales et économiques, tout en tissant des liens nouveaux entre jeunes générations, actifs, retraités, et territoires ruraux ou urbains.

Ce que prouvent les mobilisations récentes, c’est la vitalité du dialogue social local et l’importance de la vigilance sur la santé, la rémunération, la justice sociale et la dignité des travailleurs dans toute leur diversité. L’impulsion syndicale continuera, à n’en pas douter, à nourrir le paysage du dialogue social régional.

Sources : Sud Ouest, France 3 Aquitaine, Insee, Dares, CSA, Centre Inffo, FTQ, France Bleu Gironde, Collectif Info Medoc, Dossier Le Monde 15/03/2023, rapports territoriaux Conseils départementaux 2023-2024.

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