L’Aquitaine fait face à d’importantes mutations industrielles que les syndicats de la région abordent avec pragmatisme et anticipation. Dans un contexte de transition écologique, de développement du numérique et d’évolution des filières traditionnelles comme l’aéronautique ou l’agroalimentaire, les syndicats aquitains jouent un rôle central à plusieurs niveaux :
  • Mise en place de dispositifs d’accompagnement des salariés touchés par la transformation des emplois.
  • Négociations collectives favorisant la sécurisation des parcours professionnels.
  • Implication dans les instances régionales de prospective industrielle et de formation.
  • Développement de partenariats avec les collectivités territoriales et les entreprises innovantes.
  • Sensibilisation aux enjeux de reskilling et d’employabilité durable.
À travers leurs actions et leurs expérimentations, les syndicats participent activement à la construction d’une transition industrielle socialement juste en Aquitaine.

L’industrie aquitaine : terre d’innovation, de tradition… et de bouleversements

La région Aquitaine, désormais intégrée à la Nouvelle-Aquitaine, demeure l’un des tout premiers bassins industriels français. Entre 2016 et 2023, l’emploi industriel y a reculé de 1,5 % selon l’INSEE – moins fort qu’ailleurs grâce à la résilience de secteurs comme l’aéronautique (avec Airbus, Dassault…), l’agroalimentaire (coopératives, viticulture), la chimie et, plus récemment, la transition énergétique (hydrogène, éolien offshore, batteries).

Mais derrière cette apparente stabilité se cachent d’immenses mouvements :

  • Recul de l’industrie aéronautique pendant la crise sanitaire, suivi d’un rebond mais sous des formes différentes (source : La Tribune / Sud-Ouest Éco).
  • Fragilisation de PME traditionnelles dans le bois, le textile ou la mécanique sous la pression des relocalisations et de la concurrence internationale.
  • Recherche de nouveaux modèles industriels – circuits courts, écoconception – face à la demande des consommateurs et à la réglementation européenne.

Tous ces changements, loin d’être homogènes, impactent différemment les bassins d’emploi (comme le bassin de Lacq, le Pays Basque ou le Médoc), obligeant syndicats et partenaires à adapter leurs réponses au cas par cas.

Veille, diagnostic et anticipation collective : les syndicats en première ligne

Pour faire face, le syndicalisme aquitain s’appuie depuis plusieurs années sur trois leviers essentiels :

  • La veille industrielle et sociale : Les observatoires régionaux du marché du travail, animés notamment par les unions régionales de la CFDT, de la CGT, de FO ou de la CFE-CGC, croisent les tendances économiques, l’évolution des plans sociaux, les indicateurs de formation et les projets d’investissement.
  • Le dialogue dans l’entreprise et sur le territoire : Les syndicats provoquent des débats en CSE (Comités Sociaux et Économiques), mais aussi dans les instances territoriales telles que le CREFOP (Comité Régional Emploi, Formation, Orientation Professionnelle) ou le Conseil Régional, pour orienter les politiques publiques vers la sécurisation des parcours professionnels.
  • L’ancrage dans l’expérimentation : Plusieurs syndicats participent à des dispositifs pilotes, comme “Transitions Collectives” (TransCo), qui permet aux salariés dont l’emploi est menacé de se former à de nouveaux métiers sans passer par le chômage, ou, plus localement, à des “Territoires d’Industrie” où les partenaires sociaux co-construisent des feuilles de route de reconversion collective.

Développer les compétences et sécuriser les parcours : un terrain d’action prioritaire

L’inquiétude majeure lors d’une transformation industrielle, pour les salariés comme pour les familles, c’est la peur de perdre son emploi et de ne pas pouvoir rebondir. Les syndicats aquitains multiplient donc les initiatives pour accompagner ces transitions :

Miser sur la formation : du plan de développement aux transitions ciblées

Quelques exemples phares :

  • Participation active aux Comités de pilotage du programme régional “Transitions Pro”, facilitant la reconversion de salariés menacés.
  • Négociations dans les grands groupes industriels (par exemple chez Thales à Bordeaux ou Safran à Tarnos) pour allouer des budgets à la formation continue sur l’intelligence artificielle, la robotique ou les technologies vertes.
  • Accompagnement des salariés de PME vers des dispositifs comme le CPF, le bilan de compétences ou la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), tout en veillant à lever les freins (manque de temps, d’information, d’accès).

Selon le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, près de 1 200 dossiers de reconversions accompagnés par les syndicats ont été déclarés entre 2022 et 2023, un chiffre en progression régulière (source : Région Nouvelle-Aquitaine).

Sécuriser les parcours, mais aussi les revenus

Face à la multiplication des ruptures conventionnelles, plans de départs volontaires ou suppressions de postes – 600 emplois industriels perdus dans le Sud Gironde entre 2021 et 2023 selon la DIRECCTE –, les syndicats innovent :

  • Mise en place de cellules de reclassement coordonnées par les OS (organisations syndicales) en partenariat avec Pôle Emploi et les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire.
  • Proposition (divers syndicats, 2022) d’un fonds régional d'anticipation des mutations, pour sécuriser temporairement les salaires et accompagner les transitions.

L’engagement dans la transition écologique et numérique

La décarbonation de l’industrie et la transformation digitale touchent directement les conditions d’emploi et de travail dans la région. Les syndicats, loin de s’opposer par principe, cherchent à en faire un levier de progrès collectif.

Accompagner la transition écologique

  • Participation, avec la région, à la gouvernance de l’Appel à projet “Rebond industriel” du plan France Relance, axé sur la réduction de l’empreinte carbone des usines et la résilience des chaînes d’approvisionnement locales.
  • Membre des groupes de travail pour la conversion des sites industriels, comme la “Gigafactory” de batteries auto à Bordeaux, reposant sur des critères sociaux et environnementaux avancés.
  • Sensibilisation et défense du droit d’alerte CSE sur les impacts des changements d’organisation sur la santé au travail, avec des campagnes spécifiques sur les risques psychosociaux en période de transition.

Numérique et automatisation : éviter les laissés-pour-compte

  • Dialogue avec les industriels pour encadrer l’introduction des technologies d’automatisation, éviter la déqualification massive et promouvoir des requalifications.
  • Promotion des solutions de “co-working” industriel et des tiers-lieux manufacturiers en Dordogne et dans les Landes, intégrant à la fois les enjeux numériques et les besoins humains (ex : projet “Manufacture de proximité” à Pau).

Des stratégies syndicales renouvelées : dialogue, alliances et innovations

Anticiper les mutations industrielles, c’est aussi renouveler les modes d’action syndicale : sortir de l’opposition binaire employeur/salariés, agir en réseau et construire des alliances nouvelles.

Principales modalités d’action collective des syndicats aquitains face aux mutations industrielles (2019-2024)
Modalité Exemple concret Effet ou impact
Dialogue social élargi Commissions régionales multipartites sur l’avenir de la filière aéronautique (Bordeaux, 2022) Adoption de plans de sauvegarde avec reconversion
Alliances territoriales Pactes “Territoires d’Industrie” (périmètre du Bassin de Lacq) Mise en réseau des PME, collectivités, syndicats, organismes de formation
Échanges entre secteurs Rencontres inter-filières (ex : transition bois/énergie/agroalimentaire) Circulation des bonnes pratiques d’adaptation
Pilotage de fonds mutualisés Fonds de reconversion métiers industriels Région-OS-Entreprises Garantie de revenus et reconversions ciblées

Adaptabilité, justice sociale et démocratie au travail : repères pour demain

Le terrain aquitain l’illustre : anticiper les mutations industrielles nécessite une action syndicale sans routine ni dogme. Trois principes structurent ces engagements :

  • Adaptabilité : se doter d’outils de veille forts, réagir vite, mais aussi expérimenter au plus près des enjeux locaux.
  • Justice sociale : garantir à chaque salarié.e la possibilité de bénéficier de la transition, qu’il ou elle soit en CDI, en intérim ou en formation, et lutter contre les risques de déclassement générationnel.
  • Démocratie au travail : renforcer la voix collective, négocier non seulement l’accompagnement individuel mais aussi la responsabilité sociale des entreprises sur le territoire.

La réussite des transitions industrielles en Aquitaine ne dépendra pas seulement des politiques économiques ou de la technologie, mais de la capacité des salariés à se mobiliser dans un esprit de progrès partagé. C’est dans ce chantier collectif, fondé sur l’écoute, la solidarité et l’innovation, que les syndicats régionaux écrivent déjà, chaque jour, le devenir industriel de leur territoire.

Sources : INSEE, Région Nouvelle-Aquitaine, La Tribune, Sud-Ouest, DREAL, DIRECCTE, Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine.

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