Grâce à leur diversité sectorielle et à leur enracinement territorial, les bassins industriels de Bordeaux, Pau et Bayonne façonnent ensemble l’emploi industriel en Aquitaine. Chacun de ces pôles présente un dynamisme et une identité propres :
  • Bordeaux se distingue par l’aéronautique, la chimie et la robotique, porteurs d’emplois qualifiés et de hautes technologies.
  • Pau repose sur l’écosystème de l’énergie, du pétrole et du gaz, mais aussi sur une diversification progressive vers l’aéronautique et l’agro-industrie.
  • Bayonne affirme son identité grâce à la métallurgie, la filière agroalimentaire, l’industrie navale et la logistique transfrontalière.
Coordonnant tradition et innovation, ces pôles contribuent non seulement à la vigueur de l’emploi industriel régional (près de 12 % des emplois), mais aussi à la résilience collective face aux mutations économiques et technologiques.

Bordeaux : l’industrie en mode innovation et rayonnement

Capitale régionale et moteur démographique, Bordeaux s’inscrit aujourd’hui parmi les dix plus grands pôles industriels de France (source INSEE). L’agglomération bordelaise concentre à elle seule plus de 48 000 emplois industriels directs (données 2022, CCI Bordeaux Gironde), et près de 2000 établissements industriels.

  • Aéronautique - spatial : Présence de géants comme Dassault Aviation, Thales, Airbus Atlantic (anciennement Stelia Aerospace), Sabena Technics etc. Ce secteur pèse lourd dans l’emploi qualifié et génère un effet d’entraînement pour la sous-traitance régionale.
  • Chimie et pharmacie : Sanofi, Arkema, Thermo Fisher Scientific... La chimie, historiquement installée à Bassens, emploie à elle seule près de 5000 personnes dans la métropole bordelaise, tout en investissant dans la chimie verte.
  • Automatisation et robotique : La région accueille un tissu dense de PME innovantes (centrées sur l’industrie du futur, l’impression 3D, la robotique collaborative), portées par l’écosystème de la French Tech locale.

L’exigence environnementale pousse Bordeaux vers la transition industrielle : des initiatives en faveur de l’économie circulaire, du recyclage ou de la décarbonation industrielle, sont accompagnées par des institutions comme la Plateforme Chimie-Énergie d’Ambès. Cette dynamique irradie le bassin d’emploi, tout en recrutant massivement dans les métiers techniques, numériques et de maintenance industrielle.

Mais Bordeaux, c’est aussi une recomposition de l’identité industrielle, en gérant la reconversion des anciennes filières (papeterie, agroalimentaire traditionnelle), et en accueillant dans ses friches les filières émergentes comme les batteries électriques ou la construction d'éléments de l’EPR2 (sanctuaire du nucléaire civil français).

Pau : un bassin industriel structuré par l’énergie, la chimie et l’ingénierie

Plus discrète que Bordeaux, Pau est pourtant une capitale incontestée des énergies et de l’ingénierie industrielle. Le bassin palois, longtemps centré sur l’exploitation des gisements de gaz de Lacq, a su évoluer pour conserver un poids fort dans l’emploi industriel régional : près de 13 000 emplois industriels directs selon la CCI Pau Béarn en 2022.

  • Energie et pétrochimie : TotalEnergies, TIGF, Arkema... L’après-pétrole structure la diversification industrielle, autour des filières du biogaz, de l’hydrogène vert et du stockage d’énergie.
  • Ingeniérie et services industriels : Le centre de recherche du Réseau de Gaz de Lacq pilote aujourd’hui des projets de captation de CO₂ et forme un écosystème complet d’ingénierie, de remontée de données et d’automatisation.
  • Aéronautique et mécanique : Plusieurs entreprises (Safran Helicopter Engines, ex-Turbomeca, Daher) emploient plus de 1100 personnes chacun dans les moteurs aéronautiques.
  • Industrie agro-alimentaire : Un secteur traditionnel resté puissant (Groupe Lur Berri, Euralis, Maïsadour) et qui emploie à la fois cadres, techniciens et ouvriers hautement qualifiés.

Grâce à l’innovation née de la reconversion du bassin du gaz, Pau attire de nouveaux profils dans la chimie verte, le suivi environnemental, la recherche ou les matériaux innovants (fibre de carbone, composites). La technopole Hélioparc soutient start-ups technologiques et initiatives collaboratives, contribuant ainsi à maintenir un haut niveau de qualification au sein de la population active.

Bayonne : la diversité industrielle au carrefour des cultures

Au sud de la région, le bassin de Bayonne concentre une diversité de filières industrielles qui structurent l’économie de la Côte basque et du sud des Landes. Près de 8 000 emplois industriels directs y sont recensés (Insee, chiffres 2021), soit près d’un salarié sur six de l’agglomération.

  • Métallurgie et transformation des métaux : Fonderies, entreprises de chaudronnerie, sous-traitants de l’automobile et de l’aéronautique constituent un socle historique, renouvelé par des investissements dans la mécatronique et l’usinage de précision.
  • Industrie navale : Entre l’Adour et l’océan, la construction et la maintenance de bateaux s’appuient à la fois sur des savoir-faire traditionnels et des innovations (composites, propulsion électrique).
  • Agroalimentaire : Jambon de Bayonne, chocolateries, filière pêche et transformation des produits maraîchers ; le tissu industriel alimente la richesse de la gastronomie locale et exporte vers toute l’Europe.
  • Logistique et plateforme multimodale : Le port de Bayonne, troisième port régional pour le tonnage, accueille de grandes unités de manutention, mais aussi des entreprises de recyclage de matériaux et de valorisation des déchets industriels.

L’une des forces du bassin bayonnais réside dans le lien transfrontalier avec l’Espagne, qui stimule les échanges et confère à l’industrie locale un ancrage européen. Ce bassin industriel mise, de plus, sur les formations techniques bilingues, un recours massif à l’intérim et la montée en puissance de secteurs « verts » (énergies marines, bois construction, textiles techniques).

Impacts sur l’emploi : chiffrages et dynamiques régionales

Ces trois grands bassins, loin de s’opposer, se complètent et renforcent l’attractivité de l’industrie aquitaine. Leur poids dans l’emploi régional est considérable : le secteur industriel représente près de 12 % de l’emploi total en ex-Aquitaine (soit environ 118 000 emplois directs selon la DREAL et l’Insee, chiffres 2023), et encore davantage si on inclut la sous-traitance et les emplois induits (maintenance, logistique, ingénierie et R&D).

Bassin Emplois industriels directs Secteurs phares Taux d’emplois industriels dans l’emploi total local
Bordeaux 48 000 Aéronautique, chimie, robotique 9,5 %
Pau 13 000 Énergies, ingénierie, agro-industrie 16,5 %
Bayonne 8 000 Métallurgie, navale, agroalimentaire 17 %

À cette forte contribution à l'emploi, il faut ajouter l’effet d’entraînement territorial : chaque emploi industriel créé génère entre 2 et 2,6 emplois dans les services, le commerce, voire dans l’enseignement (source La Tribune). Ces bassins sont aussi moteurs d’innovation, encouragent l’apprentissage (plus de 6 000 apprentis industriels formés chaque année en Nouvelle-Aquitaine), et stimulent la vitalité associative et syndicale.

Forces du collectif et défis à relever

Le tissu industriel aquitain, pour robuste qu’il soit, affronte de nombreux défis : transitions numériques et écologiques, enjeux d’attractivité des métiers, concurrence internationale et difficultés de recrutement persistent dans de nombreux secteurs (notamment sur les techniciens, ingénieurs, opérateurs qualifiés). Le taux de recrutement non pourvu dépasse parfois les 15 % dans l’industrie sur certains segments – signe que le dialogue social et l’innovation sociale ont un rôle clé à jouer.

  • Montée en compétence et formation continue : L’enjeu est de taille, avec l’apparition de nouveaux métiers (technicien hydrogène, opérateur maintenance 4.0) et la nécessité d’accompagner les reconversions.
  • Mixité, inclusion et nouveaux publics : Progresser sur la féminisation des métiers techniques, favoriser l’inclusion et sécuriser les parcours de mobilité intersectorielle sont des axes centraux pour l’avenir.
  • Transition verte et développement durable : Les trois bassins s’engagent, chacun à sa manière, sur la réduction des émissions et la transformation environnementale, stimulées par les politiques régionales et les réseaux citoyens (clusters, pôles de compétitivité).
  • Dialogue social de proximité : Les dynamiques associatives, syndicales et interprofessionnelles gardent toute leur pertinence pour inventer de nouvelles formes d’organisation du travail, d’action collective et de solidarité au sein des bassins industriels.

Regards croisés et pistes pour l’avenir

Bordeaux, Pau et Bayonne dessinent une Aquitaine industrielle plurielle, portée par l’histoire et par l’innovation. Leurs bassins, loin de fonctionner en silos, partagent des enjeux communs : attirer et former de nouveaux talents, réussir la transition environnementale, et réinventer la cohésion sociale à l’échelle locale. Les synergies territoriales gagnent à être renforcées : soutien à la mobilité professionnelle, reconnaissance des qualifications, accès à la formation tout au long de la vie.

Le dialogue entre les bassins, le partage des réussites (comme l’essaimage de la robotique de Bordeaux vers le port de Bayonne, ou la coopération énergie-transport entre Pau et Bordeaux), sont aussi porteurs d’avenir. La force du collectif, que ce soit à l’échelle syndicale, inter-entreprises ou territoriale, sera décisive pour accompagner les transitions et maintenir l’emploi industriel comme socle d’un développement équilibré et solidaire en Aquitaine.

Sources citées, pour aller plus loin : INSEE, DREAL Nouvelle-Aquitaine, La Tribune, CCI Bordeaux Gironde, CCI Pau Béarn, Observatoire Régional de l’Industrie, Plateformes régionales de l’emploi industriel.

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