L’industrie en Aquitaine, située au carrefour de la tradition et de la modernité, joue un rôle structurant dans l’économie régionale. Le tissu industriel aquitain se distingue par des filières variées : aéronautique et spatial autour de Bordeaux, chimie et matériaux dans le bassin landais, bois et papier en Dordogne, agroalimentaire dans le Lot-et-Garonne et la Gascogne, ou encore la pointe du numérique en Gironde. Cette diversité s’organise autour de pôles régionaux souvent ancrés dans une histoire industrielle profonde mais aussi orientés vers l’innovation et la transition énergétique. Les bassins industriels majeurs, tels que Bordeaux, Pau, le Bassin de Lacq, les Landes, ou encore l’agglomération d’Agen, structurent l’emploi et dynamisent l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine. L’industrie aquitaine conjugue ainsi ancrage territorial, adaptation aux enjeux contemporains et capacité à générer emplois de qualité et attractivité sur le long terme.

Un tissu industriel marqué par la diversité et l’évolution

Depuis les années 1970, la région Aquitaine a su capitaliser sur ses atouts géographiques et ses savoir-faire pour développer des filières puissantes et adaptées. Cette diversification est le fruit d’un passé industriel riche, où la tradition rencontre des pôles d’excellence de rang mondial. Premier constat : l’industrie aquitaine ne se limite pas à un secteur, elle fédère de nombreuses filières complémentaires.

  • L’aéronautique et le spatial, organisés autour de Bordeaux et du bassin d’Arcachon, avec un rayonnement international (Dassault, Thales, ArianeGroup).
  • La chimie et les matériaux, héritiers de l’exploitation de Lacq, s’étendent des Pyrénées-Atlantiques jusqu’aux Landes.
  • Le bois et les papiers-cartons, fortement implantés en Dordogne et dans les Landes, structurent une partie de l’économie rurale et urbainisent les territoires.
  • L’agroalimentaire, pilier historique du Lot-et-Garonne, du Sud-Gironde et de la Gascogne, mêle tradition et innovation, en liaison forte avec l’agriculture régionale.
  • Le numérique et la plasturgie, secteurs émergents, ancrent leur développement à Bordeaux et s’étendent vers d’autres villes d’Aquitaine.

En 2023, l’industrie représente plus de 12% de l’emploi régional, soit environ 230 000 emplois directs, sans compter les nombreux emplois indirects générés dans les services et la sous-traitance (INSEE Nouvelle-Aquitaine).

Des bassins industriels structurants et complémentaires

L’organisation de l’industrie en Aquitaine repose sur des bassins à l’identité forte, évoluant pour répondre aux mutations économiques et sociales. Voici une cartographie détaillée des principaux pôles industriels régionaux et de leur spécificité.

Bordeaux : moteur industriel et technologique régional

Bordeaux héberge de multiples filières : l’aéronautique, le spatial, la défense et l’électronique, au cœur du pôle Aerospace Valley (qui regroupe près de 800 entreprises et 150 000 emplois directs en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie réunies, selon Aerospace Valley). Dassault Aviation, Thales, ArianeGroup, ou encore Safran, animent cette zone de pointe, d’où partent satellites et innovations aéronautiques majeures. La métropole accueille aussi le numérique, la photonique, la santé-tech, formant un écosystème dense et interconnecté.

  • Zone industrielle de Bordeaux-Lac et Mérignac : cœur des sièges sociaux et usines du secteur aéronautique.
  • Parc d’activités de la rive droite (Cenon, Lormont) : TPE/PME spécialisées dans les services à l’industrie ou dans l’électronique.
  • Bordeaux Euratlantique et la Cité du Numérique : pôles du digital, de l’innovation et des services tech pour les filières « nouvelles industries ».

Anecdote : Le premier fuselage destiné à Ariane 5 fut fabriqué en Gironde, témoignage de l’excellence locale dans la construction de fusées européennes.

Le bassin de Lacq et la chimie pyrénéenne : une reconversion exemplaire

Situé autour d’Orthez et Pau, le bassin de Lacq reste emblématique de la reconversion industrielle : issu de l’exploitation gazière dans les années 50, la plateforme de Lacq accueille désormais une nouvelle chimie (bioraffinage, hydrogène, gaz vert), la transition énergétique, la plasturgie, ainsi que de la recherche appliquée. Le pôle “ChemPolis”, reconnu au plan national, rassemble plus de 120 entreprises et laboratoires.

  • Sites majeurs : TotalEnergies, Arkema, Sobegi, Toray Carbon Fibers Europe.
  • Innovations : DC4S (Deep Carbon4Storage) pour le stockage de CO₂, Lhyfe projet d’hydrogène vert.

Le bassin joue un rôle pionnier pour la transition écologique, expérimentant les énergies de demain et l’économie circulaire (IndustrieMag).

Les Landes : bois, papier, chimie verte et transformation agroalimentaire

Le département des Landes s’appuie sur un immense massif forestier et une longue tradition de transformation du bois, de la pâte à papier, du papier destiné à l’emballage et, plus récemment, de la chimie biosourcée. Les sociétés internationales de papeterie (International Paper, Smurfit Kappa, DRT) côtoient un dense réseau de PME innovantes.

  • Plus de 800 établissements industriels, employant près de 15 000 personnes dans la seule filière bois-papier.
  • L’agroalimentaire (maïs, volailles, produits transformés) complète le tissu industriel local.
  • Pilotes régionaux de la “chimie verte” : biocarburants, résines, essences extraites de la sylviculture.

Anecdote : Mimizan a accueilli la première papeterie française utilisant des fibres 100% issues du pin maritime aquitain dès les années 1920.

Dordogne, Lot-et-Garonne et Gascogne : l’agroalimentaire et le bois, piliers d’équilibre territorial

Dans ces territoires, agroalimentaire et industries du bois créent du lien social et économique au cœur du monde rural : conserveries, transformation des fruits et légumes, foie gras, distilleries, mais aussi carton et emballages à base de ressources forestières confrontées à la concurrence internationale.

  • Dordogne : Figeac Aéro, papeteries, transformation alimentaire et IAA (Industries agro-alimentaires).
  • Lot-et-Garonne : Agropole d’Agen, Bonduelle, Delpeyrat, Maïsadour, pôle d’excellence fruits et légumes.
  • Sud-Gironde et Gascogne : canard gras, transformation avicole, distilleries (Armagnac), agro-industriel en croissance.

Fait marquant : L’Agropole d’Agen héberge plus de 120 entreprises et près de 2 500 emplois directs dans la seule agglomération.

Pau et Béarn : de l’énergie à l’industrie de demain

Longtemps modelé par l’activité gazière et pétrolière, le secteur de Pau capitalise aujourd’hui sur la diversification : les entreprises y développent le numérique, les géosciences, l’ingénierie oil&gas (TotalEnergies, Terega), mais aussi la plasturgie, l’industrie pharmaceutique et la mobilité durable.

  • Campus de l’UPPA (Université de Pau et des Pays de l’Adour) : recherche et ingénierie industrielle.
  • Technopôle Hélioparc : start-ups de la transition énergétique, biotech, robotique et software industriel.

Facteurs clés de structuration : organisation, innovation et avenir

Le rôle déterminant de la sous-traitance et des clusters

L’industrie régionale s’appuie sur une myriade de sous-traitants et de prestataires qui assurent la pérennité et la flexibilité des chaînes de production. Des clusters comme Aerospace Valley, Xylofutur (bois-foret), Agri Sud-Ouest Innovation (agro-industrie), ou ChemPolis fédèrent entreprises, centres de recherche et formation, facilitant le développement de compétences pointues et la mutualisation des moyens.

  • La part des PME et ETI reste prépondérante : plus de 90% des établissements industriels régionaux selon la CCI Nouvelle-Aquitaine.
  • La formation professionnelle est adaptée, via des lycées techniques, CFA, IUT, écoles d’ingénieurs (ENSAM, Bordeaux INP, ENSEIRB).

Innovation, transition écologique et emploi industriel

La structuration industrielle s’oriente résolument vers l’innovation : robotisation, automatisation, transition énergétique et économie circulaire sont au cœur des stratégies régionales. La Région Nouvelle-Aquitaine soutient ces transitions grâce au programme “Usine du Futur” (plus de 800 entreprises accompagnées depuis 2016) et en investissant dans les filières d’avenir. Ces mutations doivent cependant garantir l’attractivité sociale de l’industrie : qualité des emplois, inclusion, égalité femmes-hommes, formation tout au long de la vie et engagement des partenaires sociaux.

Des défis partagés et des leviers collectifs

  • Recrutement : Attirer les jeunes, redonner envie d’industrie, former autrement et valoriser tous les métiers industriels.
  • Transformation écologique : Développer l’industrie bas-carbone, soutenir l’économie circulaire et l’écoconception.
  • Coopération territoriale : Renforcer les liens entre grandes entreprises, PME, collectivités et citoyens.
  • Résilience et relocalisations : Gérer les transitions post-Covid, sécuriser les chaînes d’approvisionnement, anticiper les impacts du changement climatique.

Perspectives : une industrie aquitaine ancrée, inventive et solidaire

L’industrie en Aquitaine se révèle bien plus qu’un pilier économique. Elle irrigue la vie sociale, structure la formation et irrigue l’identité des territoires. Cette diversité, en s’appuyant sur l’histoire et l’innovation, dessine l’avenir industriel et social d’une Aquitaine où l’emploi, la qualité de vie et la transition écologique sont indissociables. La dynamique collective, la force des réseaux et l’investissement du monde du travail local restent les garants de la cohésion comme du développement durable de la région.

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